A
NAZIONE est édité par le Partitu Pa l’Indipendenza et non pour lui.
Il se veut un espace
de discussion et de débats didées pour ceux que le devenir de la Corse préoccupe.
En tant que militants, nous nous sommes, il est vrai, déterminés pour
lindépendance. Mais nous estimons que cette formule, qui nest en somme
quune formule, ne doit pas escamoter le débat prospectif sur la Corse, ni éclipser
le mouvement permanent du monde dans lequel nous vivons.
Nous considérons dès
lors que lavenir, laménagement et même,oui, le bonheur de notre malheureux
pays est non seulement lié étroitement à des mouvements interrégionaux et
internationaux, cest à dire en fin de compte à " léquilibre du
monde " cher à Simon Bolivar, mais encore à lémergence dun
nouveau combat spirituel, moral et politique qui dépasse de loin les structures étroites
des états.
Voilà pourquoi nous
nous faisons une obligation douvrir ces colonnes, non seulement à ceux qui voudront
sexprimer, dune manière ou dune autre sur le fait national Corse, mais
aussi à tous ceux qui pensent " quêtre radical cest saisir les
choses à la racine. Or pour lhomme la racine cest lhomme
lui-même. " etquen somme lêtre suprême ne saurait
être lÉtat mais lhomme lui-même.
En senferrant dans lopération
" ERIGNAC ",
quels sont les véritables desseins de lÉtat ?
En Corse , cest bien connu, il y a lÉtat et puis il
ny a rien. La vie politique nexiste pas. Survient la mort dun homme.
LÉtat nen fait pas seulement une affaire détat, il en fait une affaire
pour lÉtat. Quoi de plus opportun pour rehausser son prestige ébranlé et la
cohésion chancelante dun gouvernement sans projet, que de choisir une des régions
les plus sous développée dEurope pour une opération de propagande moralisatrice
dans la plus pure tradition du nationalisme maurrassien.
Pour lannée 98 donc, deux objectifs militaires et
patriotiques :
la coupe du monde et lédifiante mise au pas de 250 000
fraudeurs Corses coupables de dénaturer lidéal républicain et de ruiner les
finances de lÉtat à eux seuls.
Depuis un an, on déporte, on surveille, on écoute, on ruine, on
brutalise, on persécute les fonctionnaires, on brise un syndicat, tout cela de façon
occulte ou publique selon lopportunité du moment.
Cette jeune femme et ces militants irréductibles, oubliés depuis
des mois dans les ergastules franciliens parce que coupables de remettre en cause le dogme
parisien dun ordre politique sacralisé et corrompu, tous, sont comme nous enfants
de " lÎle de Granit ".
Nous ne nous réclamons ni dune ethnie, ni dancêtres
plus ou moins légitimés.
Sil est vrai que nous revendiquons notre langue et notre
culture, seule nous unit, nous façonne et nous préserve, cette éternité de granit qui
défie aujourdhui encore la barbarie vindicative dun état à bout de souffle.
Alors que veut lÉtat en Corse?
Un ultime théâtre dopérations ultramarines et coloniales,
ou bien un véritable théâtre où se jouerait, avec emphase et gesticulations,
lopéra bouffe consacrant, dans la folie dune époque formidable, la
désintégration dun régime dont le sort ne se joue pas à Ajaccio, ni même
entièrement à Paris, mais bien sur la scène internationale.
Au cours de la rencontre de football
Bastia-Rennes comptant pour la 22 ème journée du championnat de France de 1 ère
division, disputé dans un stade toujours aussi rustique, suivie par un public indulgent
moins nombreux que le service dordre, larbitre réduisit dès le premier quart
dheure de jeu léquipe du sporting à neuf joueurs. Si les deux bastiais
expulsés, professionnels avertis, nont aucune excuse davoir transgressé les
règles du jeu, on ne peut pas dire que lhomme en noir en a vraiment respecté
lesprit.
On oubliera sans doute le nom de ce médiocre et tatillon referez
comme on a oublié, celui du scandaleux Argentine Angleterre de 1966, de
linsoutenable France Allemagne de 1982 et même celui du dramatique
Hongrie-Allemagne de 1954 dont la portée géopolitique et idéologique était pourtant
considérable.
Limportance de ce Bastia Rennes est incontestablement
bien moindre, mais en fin de compte lenjeu est de même nature.
Depuis la naissance de lHistoire, toute équipe de
compétition cristallise une forme de lamour national.
Larbitre est là pour en canaliser les excès afin que soient
respectés la règle et lesprit du jeu ; il nest là ni pour attiser la haine
, ni pour distinguer les bons des méchants.
La fièvre mystique du " rétablissement de lÉtat
de droit républicain " semble avoir infecté à ce point le champ du politique
quelle révèle au grand jour une véritable guerre de civilisation.
Cest une lecture que nous inspire un événement sans grande
importance après les visites ministérielles nous informant, lune,de
" lanormalisation " de la Corse, lautre de la mort
prochaine de nos agriculteurs.
Que tous ceux qui manifestent la légitime ambition de représenter
la Corse soient persuadés que ni les antiennes électoralistes, ni les tartes à la
crème de la pensée totalitaire ne nous prémunirons contre les bottes dont nous pouvons
déjà entendre le bruit.
Eloge du modèle corse, et en quoi son
exemple sera toujours utile à l'ensemble de l'humanité par Antoine Paoli
Nen déplaise à tous
les Corses modérés qui prétendent donner des leçons de politique en opposant les
" démocrates " raisonnables quils seraient aux
révolutionnaires excessifs que nous sommes : ils ont raison!
De leur point de vue de modéré, cest-à-dire
strictement inutile, opportuniste et électoraliste, nous sommes politiquement
infréquentables parce que indépendantistes et non démocrates au sens républicain et
français du terme. Nous demandons en effet un transfert radical de toute souveraineté au
Peuple corse dans le cadre de lindépendance nationale et dun nouveau projet
de société fondée sur une véritable démocratie solidaire, directe et participative.
Un tel choix implique la fin de tous les processus de décomposition politique en cours y
compris du nationalisme modéré qui en tant que dernière fiction dune
" France de progrès ", naura plus aucune raison dêtre.
Pas plus que les forces traditionnelles auxquelles il entend sassocier ou se
substituer. Nous sommes en effet pour la fin de la dépendance et de lassistanat
dans tous les domaines y compris ceux de la politique et des idées car nous désirons
penser, agir et vivre par nous mêmes. Ce sera la seule manière de fermer définitivement
la parenthèse française de notre douloureuse histoire.
En nous inscrivant dans la continuité de la
révolution corse de 1755, nous ne reconnaissons à la " démocratie à la
française " aucune des vertus républicaines dont elle entend se parer afin de
légitimer lexistence dun système de pouvoir coercitif qui a réduit le
principe de liberté à la seule liberté de lÉtat et de ses maîtres au détriment
de celle de la société civile et des individus qui la composent.
LHistoire, hélas, a su montrer toutes les
dérives absolutistes et totalitaires du modèle universaliste et révolutionnaire
français, réalisées au nom de la souveraineté populaire et du bonheur suprême dun
peuple quil convient de toujours protéger avant tout de lui-même.
Dès lorigine lÉtat français
républicain na jamais connu que des ennemis intérieurs en chacun de ses sujets quil
a toujours su ramener brutalement à la raison en saffranchissant par opportunité
de ses propres lois et en sarrogeant le privilège de la violence et du mensonge.
Nous pouvons nous flatter de faire partie depuis toujours de ces ennemis là,
irréductibles à la raison dÉtat et sûrs de notre droit: celui des peuples à
disposer deux-mêmes que nous avons les premiers fixé en préambule dune
constitution dont aucune manipulation de lhistoire ne pourra plus jamais nier le
caractère progressiste, démocratique et novateur pour son époque.
La France, dont la Révolution se veut majuscule et
modèle, sans filiation ni origine que dans sa propre légitimité, effaçant tout de lhistoire
des peuples quelle dévorait pour se fonder, ne nous la jamais pardonné.
Nous sommes corses, communautaires et égalitaires
par nature et par
tradition, indépendantistes et révolutionnaires
par filiation directe de nos pères qui lont payé de leur liberté et de leur vie.
Nous navons jamais eu à connaître que loppression
de la matrice universelle de la révolution française.
Elle fonde la légitimité supérieure de son ordre
nouveau et absolu sur la reconnaissance des droits dun homme abstrait citoyen et
consommateur vertueux dont la république une et indivisible signifie le retour et laccomplissement
sur une terre devenue le paradis de justice que lon sait.
La France a toujours voulu faire le bonheur des
peuples et des individus contre leur gré en les soumettant à lautorité
supérieure de ses lois.
Nous pouvons mesurer chaque jour les effets pervers
et néfastes dune telle conception absolutiste et religieuse du droit, notamment
dans lidée caricaturale que la loi et la vérité sont forcément aussi bonnes et
absolues partout et pour tous.
Nous nous permettons simplement davoir une
conception différente du monde, plus généreuse et plus ouverte, plus tolérante et plus
respectueuse de la diversité des murs des cultures et des opinions qui fondent la
vie et la richesse des peuples et des nations.
Savoir si nous sommes meilleurs ou pires que les
autres, nul ne peut encore le dire, sauf peut être les modérés et les médias qui
forment la nouvelle police des murs chargée dénoncer le bien et le mal, le
bon et le mauvais, et dédicter les règles de conduite de nos sociétés de
consensus et de surveillance, modernes et ultrapolicées qui ne tolèrent aucun excès, y
compris les excès de transparence et de démocratie. Nationalistes vers lextérieur,
démocrates vers lintérieur et non le contraire comme tous ceux qui singent le
modèle français, nous nous situons par nos idées et nos pratiques hors du jeu
politiquement correct traditionnel. Il nous est donc difficile dêtre réformistes
ou modérés, car nous connaissons à lavance, pour avoir tiré tous les
enseignements du passé, les limites dune modération trop excessive comme celles dailleurs
dun excès insuffisamment tempéré par la réflexion et la critique.
Si lon en croit le dictionnaire, le terme
modéré aurait en français une acception politique particulière, voire péjorative :
centriste ou conservateur et en tout cas éloigné de tout excès. Voilà qui aide mieux
à comprendre le vide sidéral de toute pensée nationaliste modérée. Chacun sait bien
quen matière de murs politiques tout excès didées ou de propos
" extrêmes " peut nuire à la bonne santé électorale de celui qui
espère par sa modération exemplaire sasseoir à la table de la démocratie
française pour y picorer quelques miettes de reconnaissance ou de pouvoir.
Le rêve dun grand parti nationaliste corse
modéré, versus basque ou irlandais, centriste conservateur ou social démocrate, propre
sur lui et politiquement correct, cest-à-dire respectueux des règles du jeu
démocratique et républicain, est le dernier rêve dune France jacobine qui se perd
au sein dune Europe de plus en plus allemande et marchande. Une Europe uniforme et
aseptisée qui aurait nettoyé son Sud de toutes ses taches douteuses, et qui serait
prête à favoriser au nom dune autonomie bien tempérée lintégration de ses
dernières minorités agitées. Une Europe moderne et subtilement totalitaire où la
raison des gouvernements associée aux lois " naturelles " des
marchés lemporterait sur la folie des peuples et régulerait tous leurs excès de
vie. Lidentité y serait alors réduite à un simple produit culturel de
consommation courante un peu épicé et valorisé par le tourisme, le folklore ou lanthropologie
médiatique. Une normalisation européenne dont certains rêvent tout haut en Euro et dont
nous sommes aujourdhui au nom des intérêts supérieurs de la France, la victime
expiatoire.
Ce rêve hélas, ne pourra jamais se réaliser en
Corse qui restera à jamais le cauchemar inassimilable dune France incapable par
orgueil et bêtise de se remettre en question sans renier sa vertu et son âme
républicaine.
Il aurait fallu pour cela quelle autorise et
favorise au cours des temps lémergence dune bourgeoisie indigène
économiquement, culturellement et politiquement émancipée de la puissance tutélaire
coloniale. Elle na su produire que des politiques, des fonctionnaires et des agents
de lÉtat.
Il aurait fallu aussi que dans sa folie
républicaine et nationaliste la France ne cherche pas à éradiquer une langue, une
culture et un peuple que 230 années doccupation coloniale nont toujours pas
réussi à détruire. Peut-on imaginer la France capable de réussir une décolonisation,
ce qui par principe et dans les faits lui a toujours été impossible au nom de la
défense de ses intérêts et de luniversalité de son modèle.
Peut-on limaginer reconnaître un jour lexistence
dun fait colonial en Corse, historiquement fondé sur des pratiques illégitimes. Ce
serait oublier que conquêtes révolutionnaires et impériales et colonisation
républicaine sont les deux mamelles dune France souveraine qui pour se fonder et
perdurer en tant que nation doit broyer au nom du peuple français, les hommes et les
peuples qui résistent à la vertueuse assimilation de ses principes libérateurs. Mais de
quoi donc au juste avons nous été libérés,
nous qui étions déjà libres de toute contrainte
étrangère et dont loriginalité conceptuelle de notre révolution faisait ladmiration
de lEurope des lumières.
Contrairement aux idées reçues la Corse nest
pas en retard dune révolution, elle doit simplement terminer la sienne brutalement
suspendue en 1769 par les notables et les clans insulaires soucieux de préserver leur
pouvoir et leurs privilèges en salliant une fois de plus avec une puissance
coloniale étrangère peut désireuse de laisser émerger un foyer de démocratie
originale aux marges dune Europe socialement attardée et encore féodale. Les
Jacobins lont bien compris à leur tour qui continuèrent la même politique en
condamnant notre révolution au nom de leur universalisme républicain.
Cest seulement en fermant cette honteuse
parenthèse française pour reprendre le fil de son histoire que la révolution corse
retrouvera sa véritable dimension sociale et son originalité. En se réappropriant sa
mémoire, sa culture, sa civilisation, sa terre et sa langue, elle réconciliera de
nouveau Montesquieu avec Rousseau, la société avec la nature, le vote avec la
démocratie, la propriété privée avec le bien commun et le domaine public, lécole
et luniversité avec linstruction, léducation et léveil des
consciences, léconomie sociale avec le marché, les anciennes et les nouvelles
générations dans une même solidarité et enfin et surtout les corses avec eux-mêmes.
Faudra-t-il attendre pour cela que la France de
Colbert, de Robespierre, de Napoléon, de la 3ème République de Jospin et de
Chevènement se dissolve dans lEurope des marchés et des banques ?
Une telle perspective ne doit plus être
considérée que sous une approche géopolitique dans la mesure où elle concerne le
devenir dun pays voisin en perdition et aux tentations hégémoniques, faible avec
les forts et fort avec les faibles et auquel lhistoire nous aura appris quil
est impossible daccorder la moindre confiance.
Nous disons donc ici clairement que nous ne voulons
plus de la France, ni de sa prétendue solidarité, ni de son idéologie, ni de son
modèle de société, ni même de lhorreur économique et social démocrate dune
Europe allemande et modérée dans laquelle elle souhaite nous entraîner avec elle. Nous
revendiquons une indépendance réelle, totale et reconnue par lensemble de la
communauté internationale, afin de pouvoir construire un modèle original de société
nouvelle où nous pourrons vivre en paix avec nos enfants dans notre dignité retrouvée.
Ce nest quen construisant simultanément lindépendance et la
démocratie que les corses pourront donner à leur pays les bases dun véritable
développement durable, humain, maîtrisé et harmonieux. Existe-t-il une autre manière dêtre
corses aujourdhui que de vouloir être maîtres de notre destin et de terminer avec
intelligence la révolution entreprise par nos pères ?
Nous comprenons aisément que de telles perspectives
en effraient plus dun et que pour dautres elles ne soient ni réalisables ni
souhaitables.
Cest parce quils ne nous connaissent pas
encore tels que nous méritons de lêtre et quils nont que haine ou
mépris pour ce quils sont devenus.
Les nouveaux indépendantistes corses se tiennent
éloignés de toute forme dorthodoxie contraignante. Ils sont radicaux et
tolérants, écologistes, libéraux et libertaires.
En se plaçant résolument du côté des forces de
création et de vie, ils sémancipent de toutes les idéologies dasservissement
mortifères et marchandes de cette fin de siècle.
Ils prétendent mettre léconomie au service
des hommes et les technologies modernes au service de leur libération et non linverse.
Ils vivent leurs traditions et leur identité non
comme une crispation, une défense ou une régression, mais comme une richesse culturelle
et spirituelle quils cherchent à partager avec le plus grand nombre.
Ils assument leur insularité ouverte aux autres
comme une chance historique de navoir que des frontières naturelles inutiles à
défendre ou à conquérir, et considèrent leur terre comme un patrimoine vivant et
commun à tous quil est indispensable de préserver de la folie et de lavidité
des hommes et des puissances de largent qui règnent en maître sur la planète. Ils
ne conçoivent leurs actions politiques que sur le principe de la libre association dindividus
volontaires et égaux et dans le sens dune éthique de laction collective
seule à même daffranchir la Corse de la problématique funeste de lÉtat
et/ou les Mafias dont la France et lEurope sont désormais prisonnières.
En préparant la Corse à retrouver sa pleine et
entière souveraineté, ils proposent simplement aux Corses de sortir de leur amnésie
collective dans laquelle 230 ans doccupation française les a plongés et de mettre
en pratique ce droit inaliénable quils ont conquis par la lutte, celui dun
peuple libre de disposer de lui-même dans le respect des principes et des droits les plus
fondamentaux de la personne humaine.
Les nouveaux indépendantistes corses sont
réalistes et pragmatiques par nécessité, pacifistes et utopistes par plaisir afin de
préserver leur part de rêve sans laquelle aucune vie de lesprit et aucune liberté
de penser ne serait possible sur terre. Ils sont aussi dun optimisme contagieux. Cest
sans doute le plus beau message despoir quils peuvent porter dans un futur qui
sannonce liberticide et déshumanisé, en donnant à nouveau du sens à la vie dun
monde qui nen finit plus de se perdre.
Après la parution du rapport de la
Fédération Internationale des Droits de lHomme, L. Felli, avocat, et A .Pacou,
représentant la Ligue en Corse, répondent à nos questions.
A NAZIONE : L. FELLI, PENSEZ-VOUS, ALORS QUE
L'ON VIENT DE COMMEMORER LE CINQUANTENAIRE DE LA DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE
L'HOMME, QUE SOIT PRISE EN COMPTE LA DIMENSION QUE VOUS DONNEZ AUJOURD'HUI A CES DROITS?
- L.FELLI :
Nul n'ignore les
grands fondements philosophiques, historiques et juridiques qui ont inspiré la
Déclaration Universelle des Droits de lHomme de 1948.
Il y était fait une référence très forte aux
notions de dignité humaine, "d'Universalité " des Droits de l'Homme, d'abandon
de la souveraineté de lÉtat après l'expérience douloureuse de la statocratie ,et
la reconnaissance de l'individu comme sujet de Droit International.
Aujourd'hui à l'aube du XXIè siècle, trois types
de menaces pèsent sur les Droits de l'Homme:
* La première est d'ordre idéologique, politique
ou religieux... Le rôle et les pouvoirs des États méritant d'être parfaitement
définis...
*La deuxième a trait au progrès de la science
et de la technologie qui peuvent entraîner des désastres écologiques ou
génétiques.
*La troisième est constituée par la
planétarisation de l'économie, l'éclatement de l'individu, l'uniformisation de
l'être humain et une fracture de plus en plus profonde entre une partie de
lhumanité sans cesse plus riche et une sans cesse plus pauvre.
En quelque sorte un rapport de force
institutionnalisé , étatisé, mondialisé au bénéfice de ceux qui ont affirmé et
conquis leur suprématie.
Dans ces conditions l'être humain ne peut être
conçu de façon abstraite désincarnée, hors de toute communauté originelle, charnelle
et une vision trop planétaire des Droits de l'Homme théorique et abstrait d'un
"mutant" du XXIè siècle ne saurait satisfaire notre conception authentique des
Droits de l'Homme et de Ses Libertés Fondamentales.
A NAZIONE :
L'INDIVIDU EST RECONNU COMME
TITULAIRE DES DROITS DE L'HOMME SANS DISTINCTION DE SEXE, DE RELIGION, DE RACE.. CETTE
DEFINITION VOUS SEMBLE T-ELLE SUFFISANTE DANS LE CONTEXTE ACTUEL?
L. FELLI :
"Hommes, femmes et enfants du monde entier célèbrent cette année un anniversaire
qui les touche de très près, quelles que soient leur langue, leur religion ou la couleur
de leur peau, celui de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme adoptée il y a
cinquante ans par l'Assemblée Générale des Nations Unies...KOFI A.AMMAN PARIS
1998"
Cette déclaration de principe appartient au
patrimoine juridique de l'humanité et reste un objectif généreux dans le sens du
progrès de notre monde.
Il n'en demeure pas moins que la Communauté
Internationale les transgresse encore régulièrement dans le cadre de situations de
crises graves ou même de façon feutrée dans le cadre des États démocratiques
constitués.
En théorie, les Droits de l'Homme sont universels,
ils sont inhérents à toutes cultures, je dis bien à toutes les cultures, sans
exception.
Toutes les cultures même les plus petites ne
peuvent céder à des rapports de force de domination institutionnelle ou non et
appartiennent au patrimoine de l'Humanité et doivent comme telles être respectées non
pas de façon théorique mais pratique (enseignement de la langue, etc..).
Les Droits de l'Homme sont indivisibles et
interdépendants, ils ne peuvent être choisis de façon sélective selon qu'une culture
soit dominée ou minorisée.
Il ne peut y avoir une hiérarchie des cultures et
de ce fait des droits civiques, culturels, économiques, politiques et sociaux.
Ayant participé depuis trente ans à de très
nombreux colloques internationaux sur le thème des Droits de l'Homme et du Droit des
Minorités, je pense que les Droits de l'Homme sont inséparables des Droits des Peuples
au sein des Communautés Humaines auxquelles ils se réfèrent.
La Déclaration de 1789 précise "l'ignorance,
l'oubli, ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs
public"...
On constate en cette fin de siècle, deux siècles
après une profonde évolution des notions d' "État", de "Nation" ,
de "Région", l'État moderne est dénationalisé en ce sens qu'il n'a plus
vocation à incarner une seule et unique " Nation ".
Un des aspects essentiels de la Notion des Droits de
l'Homme est aujourd'hui concentré sur les Droits des Minorités des cultures
minoritaires, c'est le mouvement inverse de la mondialisation.
Les civilisations originales affirment leurs Droits
imprescriptibles car l'histoire du monde nous a appris que l'Homme pour des raisons
économiques, de "gestion" de domination a essayé de les nier et de les faire
disparaître.
Ceci s'est accompli au nom de rapports de force qui
ne doivent rien à la morale historique.
A NAZIONE :
L'ETAT DE DROIT VOUS SEMBLE T-IL
EN GENERAL UNE RECONNAISSANCE ET UNE GARANTIE EN SOI DES DROITS DE L'HOMME ?
L. FELLI
:
La notion des
Droits de l'Homme et de Ses Libertés Fondamentales est inséparable de toute construction
politique, elle ne peut se traduire que dans un cadre normatif qui suppose une autorité
supérieure qui les fasse respecter.
La Corse a une expérience politique très ancienne
qul lui a valu au nom du principe du Droit des Peuples à disposer d'eux-mêmes, d'ouvrir
la voix aux Démocraties Modernes dans le cadre de sa souveraineté au XVIIIè siècle.
Elle l'a traduit dans la première Constitution
écrite des temps modernes et ces textes se sont exportés aux États Unis d'Amérique
inspirant très fortement la Constitution de Philadelphie en 1777. Cette émergence
démocratique est le fruit d'une histoire ancienne qui a forgé dans l'île un sentiment
particulier du droit, de la justice, de lÉtat.
Il est incontestable que c'est la Justice qui pour
les Corses sert de clé, de voûte à la notion détat, la Justice qui se tient en
principe au-dessus du "Politique".
Cest en ce sens qu'en FINLANDE j'ai été
amené à préciser en août 1998 "que lÉTAT DE DROIT CE N'EST PAS LE DROIT DE
L'ETAT" formule qui a été ensuite souvent reprise. En effet, l'affirmation d'un
État de Droit suppose que le Droit applicable, ne soit pas rétroactif, s'inscrive dans
la durée et la continuité et que lÉtat " quelqu'il soit "
avec une certaine neutralité ne soit pas juge et partie en modifiant son normatif selon
ses fluctuations internes.
La notion d'État de droit peut prendre alors une
dimension agressive, vindicative, régalienne qui n'a rien à voir avec la hauteur et la
sérénité au nom de la séparation des pouvoirs qui lui incombe. LÉtat de Droit a
déclaré la guerre à la violence dont les causes sont anciennes, complexes et les
responsabilités bien partagées.
Il ne peut ignorer et ce serait la méconnaître un
des aspects fondamentaux des Droits de l'Homme que le premier combat contre la violence
c'est de s'attaquer à ses causes. C'est de permettre à l'homme de s'épanouir dans sa
culture, de se réintégrer dans son champ social , dans la richesse de sa singularité.
Il ne peut ignorer que "l'intégration" par la "désintégration"
entraîne: l'incivisme, la délinquance, la révolte, la débrouillardise.
L' État de Droit ce n'est pas le "Droit du
plus fort" c'est le respect des règles du jeu de la vie dans le cadre d' une
Société Démocratique. C'est tout le bien que l'on souhaite à la Corse pour le XXIè
Siècle.
Lucien FELLI
A NAZIONE: A. PACOU, PENSEZ-VOUS, ALORS QUE
L'ON VIENT D'EN COMMÉMORER LE CINQUANTENAIRE, QUE LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS
DE L'HOMME PRENNE EN COMPTE LA DIMENSION QUE VOUS DONNEZ AUJOURD'HUI À CES DROITS?
A. PACOU :
Rappelons que la
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a été élaborée au lendemain des
massacres et du génocide de la 2ème Guerre Mondiale.
Au-delà encore plus de l'égalité, le centre de sa
philosophie était l'affirmation de la dignité de l'homme à laquelle portait atteinte
toute théorie sur l'inégalité totalitaire ou nazie. Elle est toujours d'actualité et
reste une lecture d'enjeux planétaires au regard des conflits et des guerres civiles
actuelles.
Cette déclaration, sans être contraignante, a
débouché sur des accords internationaux cosignés par beaucoup dÉtats: Pactes
Civil et Politique, Pacte des Droits Culturels, Pacte des Droits de l'Enfance.
Parmi les États qui n'ont pas ratifié tout ou
partie des accords, il n'y a pas que les pays non occidentaux. Rappelons que les
États-Unis n'ont pas signé le Pacte des Droits de l'Enfance à cause de la peine de mort
toujours appliquée dans certain des États Fédéraux d'Amérique sur des mineurs.
Le corollaire de ces pactes est que si un des États
signataires ne respecte pas ses engagements, l'ONU peut déclencher à son encontre une
procédure par Commission d'Enquête.
Mais comme aucun Tribunal Suprême International ne
fonctionne vraiment, il y a un vide juridique (affaire PINOCHET par exemple) et la
démarche est à la fois inopérante et insatisfaisante.
Ce sont donc en fin de compte les Associations et
les O.N.G et non les États qui tiennent ce combat permanent.
A NAZIONE :
L'INDIVIDU EST RECONNU
TITULAIRE DES DROITS DE L'HOMME, SANS, DISCRIMINATION DE SEXE, DE RELIGION OU DE RACE.
CETTE DEFINITION VOUS SEMBLE T-ELLE SUFFISANTE DANS LE CONTEXTE ACTUEL?
A. PACOU :
En l'état non,
puisqu'on est obligé d'en appeler à un rééquilibrage par voie réglementaire. C'est le
cas du quota des femmes élèves soulevé par Élisabeth Badinter.
C'est un débat très grave dans lequel on ne peut
faire preuve de dogmatisme. Les situations historiques évoluant, tout se situe en termes
de lutte pour les Droits. Il faut donc poser en permanence, de façon raisonnée et
pragmatique, la question de l'inégalité en termes politiques.
La vraie Démocratie et la Citoyenneté peuvent
apporter la réponse et il ne doit pas y avoir en la matière de "Tables de la
Loi" ni de carcan définitif.
Quelle est la question ? Concilier égalité et
droit à la différence, deux notions étroitement liées.
L'assimilation n'est pas une solution, car
incompatible avec cette affirmation. L'égalité doit être le contraire de l'inégalité
, l'égalité et non l'uniformité. Voilà pourquoi le discours de CHEVENEMENT qui
considère l'assimilation comme condition de l'égalité est inacceptable et dangereux.
A NAZIONE : L'ÉTAT DE DROIT VOUS SEMBLE
T-IL, EN GÉNÉRAL, UNE RECONNAISSANCE ET UNE GARANTIE EN SOI DES DROITS DE L'HOMME
A. PACOU :
État de Droit et
Droits de l'Homme sont liés, donc interdépendants. On ne peut fonder un État de Droit
en portant atteinte aux Droits de l'Homme. La vie sociale ne peut se concevoir que dans ce
mouvement. Il nous faut donc intervenir, nous Défenseurs des Droits de l'Homme dès que
l'on porte atteinte à ces Droits, par exemple le Droit d'expression. La tendance
naturelle de lÉtat étant de tendre vers toujours plus de pouvoir, il nous faut
être très vigilants.
Je rappelle que notre rôle se définit toujours par
rapport au Manifeste de la Fondation de la Ligue en 1898:
"A partir de ce jour, toute personne dont la
liberté est menacée... est assurée de trouver auprès de nous aide et
assistance...".
C'est par l'action civique que nous combattons cette
tendance permanente en France, particulièrement, à confondre Droit et Loi.
Nous sommes très clairs à ce sujet: Quand une loi
est injuste il faut l'abroger.
La procédure anti-terroriste et la 14ème Section,
doivent disparaître. Car en l'occurrence c'est la raison dÉtat qui a constitué le
substrat de cette législation d'inspiration droitière attentant en permanence aux Droits
de l'Homme et dont l'origine remonte aux luttes anticolonialistes.
A NAZIONE : ET EN CORSE?
A. PACOU :
Il y a dans le
rapport de la FIDH, qui vient de paraître, un mot fort, c'est L'ARBITRAIRE.
Ce rapport a constaté "un spectre très
large d'atteintes aux Libertés Fondamentales, aux Droits à une Justice équitable, aux
Droits de la Défense, à la liberté d'expression et à la Liberté à la réunion
d'Associations".
On assiste en Corse à l'utilisation extensive de la
procédure anti-terroriste par contamination: L'affaire de PROPRIANO en est un exemple
-avec la recherche d'un effet spectaculaire - ou bien tout comme un peu avant la
destruction d'un hôtel par un bulldozer sous lil des caméras. Un autre
exemple l'acharnement fiscal contre le Président de la Chambre de Commerce (Inspection
des Finances juste après un contrôle fiscal) est un autre exemple qui nous donne à
penser que l'on est entré en Corse dans un logique d'acharnement et d'exception,
c'est-à-dire d'arbitraire, avec une volonté délibérée de
" normalisation ".
L'effet déclenché au sein de l'opinion Corse a
permis d'organiser le débat afin de démythifier l'État de Droit comme seule vérité
officielle. Le débat va se prolonger par les élections territoriales, alors que la Corse
se trouve à mi chemin entre le scepticisme et l'inquiétude.
Il faudra bien que reprenne le débat politique pour
un projet de Société Démocratique et Citoyen.
Il faut organiser le débat à partir des citoyens
de Corse. Aujourd'hui l'action de l'État ne va pas dans ce sens.
La politique des transport en corse
ou
les limites de l'idéologie Jacobine
1
Genèse de la continuité
territoriale
La loi d'orientation agricole de 1960 stipule que les régions
éloignées de leur point de mise en marché ont droit à une aide financière permettant
d'alléger leurs coûts de transport. Elles sont alors classées en Zone Spéciale
d'Action Rurale.
Or ce classement en zone spéciale d'action rurale a été
demandé par les Syndicalistes agricoles (de l'Époque) qui ont vu leur requête rejetée.
Alors même que la Bretagne qui se trouvait dans une situation économique et
géographique plus favorable que la Corse a été classée en zone spéciale d'action
rurale bénéficiant ainsi de tarifs de transport 30 inférieurs à ceux qui sont
pratiqués par la SNCF.
On peut lire dans le rapport de l'ingénieur général Ulhen en
1974:
" Située actuellement dans une économie de marché
largement ouverte sur les échanges, l'agriculture insulaire est tributaire des
transports, tant au niveau de ses approvisionnements : engrais produits phytosanitaires,
matériel, etc ... Que de l'écoulement de ses productions: vins, agrumes ...
Aux sujétions et aux risques de tout ordre qu'une telle situation
présente quant aux délais d'acheminement et aux dangers de détérioration des produits,
s'ajoute une pénalisation importante au niveau des coûts de production et de
commercialisation.
Si l'on tient compte de l'ensemble des frais d'expédition et
d'approche qui frappent les mouvements des diverses denrées et matériels nécessaires à
son activité, on peut estimer à 20 millions de francs (soit en francs constant 200
millions 1998) la pénalisation globale que subit annuellement l'agriculture Corse du fait
de linsularité. Il ne m'appartient pas ici de proposer des solutions dont la
recherche est actuellement à l'étude par ailleurs. Qu'il me soit néanmoins permis
d'espérer que celles-ci aboutiront rapidement. "
Aussi pour utiliser l'enveloppe de façon efficace les
Syndicalistes ont proposé le principe de l'aide sélective. Il s'agissait d'utiliser
essentiellement l'aide financière pour subventionner l'importation de marchandises
nécessaire à la corse que l'on ne pouvait pas produire dans l'île, mais également
aider la mise en marché de la production locale qui ne trouvait pas de déboucher
localement.
Malheureusement Messieurs François Giaccobbi et Jean Zuccarelli
montèrent au créneau en arguant que le principe de l'aide sélective favoriserait une
partie de la population seulement. Cela constitue à notre sens une aberration puisque,
jusqu'à preuve du contraire, le développement économique (principal objectif de l'aide
sélective) a pour but l'amélioration de l'économie locale et la création d'emplois.
En tout état de cause, l'idée de l'aide sélective fut
abandonnée au profit d'un autre principe (dicté par Messieurs Giaccobbi et Zuccarelli)
qui consistait à facturer le prix du kilomètre de mer au même tarif que le kilomètre
de voie ferrée entre la Corse et le continent.
2
Cette idée aurait peut-être eu des conséquences
bénéfiques si l'aide avait été apportée également aux liaisons avec l'Italie et la
Sardaigne.
Mais les Pouvoirs Publics fidèles à leurs préjugés
conservateurs (et peut-être par peur de voir la Corse s'émanciper économiquement si
elle s'inscrivait dans ce grand courant d'échange commercial) ont préféré enfermer la
Corse dans des relations strictement "hexagonales".
D'autre part, il est important de noter que:
La production viticole ne pouvait pas bénéficier des subventions
de la continuité territoriale car la compagnie maritime propriétaire des pinardiers, ne
faisant pas partie de la "Conférence Maritime", ne bénéficiait pas de l'aide
aux transports. Pour donner jusqu'au bout l'illusion que la continuité territoriale
allait permettre de gommer le " handicap " de l'insularité, on créa en 1976
une filiale de la Compagnie générale Transatlantique (qui assurait les liaisons entre la
Corse et le contient) que l'on baptisa: la SNCM. Cette appellation était voisine de SNCF
donnant ainsi le sentiment que prendre le bateau pour effectuer les trajets entre la Corse
et le continent équivalait à prendre le train.
Au bout de 5 années on pouvait constater un triplement de
l'enveloppe de la continuité territoriale ainsi qu'un doublement de certains prix de
transport. Un bel exemple de gaspillage de l'argent public en Corse.
Cependant, en Février 1984, le rapport ministériel de Monsieur
Noël De Saint-Pulgent reconnaissait (un peu tardivement) le bien fondée du principe de
l'aide sélective donnant ainsi raison aux revendications syndicales initiales: " La
continuité territoriale, si elle était sélective, permettrait notamment de protéger le
marché Corse ou à l'inverse de favoriser l'entrée de certains produits plus
efficacement que la fiscalité qui devrait donc être utilisée pour la réalisation
d'autres objectifs. "
Il faut souligner que quelques années après, lors de la venue en
Corse de Monsieur Prada et sa table ronde, le très regretté Yves Le BOMIN lui proposa de
prendre pour base de discussion le Rapport Saint-Pulgent, il lui fut répondu sèchement :
NON. (C'était le retour des jacobins).
Monsieur Glavany fervent adepte de la continuité territoriale.
Il est regrettable de constater dans un rapport qui par essence se
veut objectif la subjectivité avec laquelle Monsieur Glavany présente le dossier de la
continuité territoriale.
Son exposé est une apologie de ce principe et de ses
conséquences bénéfiques pour l'économie Corse et l'auteur n'oublie pas de mentionner
que l'Etat consent un effort financier toujours croissant afin d'assurer la continuité
territoriale entre la Corse et le continent. Cependant il n'est pas dit un mot sur ses
effets pervers.
La règle des 5 tonnes en est un exemple.
Cette règle, qui fut une des applications du principe de la
continuité territoriale, a pour partie "W le sort de la filière ovine et caprine.
Elle avait pour principe de pratiquer des coûts de transport dégressif uniquement à
partir de 5 tonnes de marchandises transportées. En dessous de ce quota, les tarifs
étaient les mêmes quelle que soit la quantité transportée.
Puisque seuls les industriels de Roquefort pouvaient assurer des
exportations supérieures à 5 tonnes les producteurs locaux ont été condamnés à
vendre leur lait à cette société faute de pouvoir laisser leurs fromages s'entasser sur
les quais jusqu'à ce que le poids fatidique des 5 tonnes soit atteint.
Il est frappant (mais pas étonnant) de lire Monsieur Glavany à
ce sujet: " ... La filière ovine et caprine s'est redressée à partir des années
70 grâce à la présence d'un noyau fort d'éleveurs professionnels, à l'impulsion
donnée à la production fromagère par la fabrication de roquefort et aux fabrications
typiques de l'île. "
Les fabrications typiques de l'île pour reprendre les termes de
cette citation seraient bien plus importantes si la règle des 5 tonnes ne les avait pas
bridées. Autre exemple d'actualité, la Corse importe
18 000 Tonnes de viande par an l'aide au transport représente 60
centimes du Kilo ce qui représente la construction de deux abattoirs par an.
Alors que la Haute-Corse ne possède même pas un seul abattoir.
(Le chiffre de 60 centimes le Kilo à été donné par les Grandes
Surfaces, mais nos calculs le situerait plutôt à plus du double). Un seul handicap; le
monopole de destination. Il est d'usage courant de parler du "handicap de
l'insularité" comme d'utiliser le mot " continent " pour
désigner la France.
Ce vocabulaire est porteur de fausses idées qui conduisent à
masquer l'évidence même.
Qu'il nous soit permis, tout d'abord, de faire remarquer que
pendant des mois la Bosnie à refusée tout accord de Paix avec la Croatie et ceci tant
qu'un couloir d'accès à la mer ne lui serait pas donné.
Les Bosniaques auraient-ils fait la Guerre pour un handicap ?
J'aimerais bien, également que l'on me commente le "Handicap de l'insularité
japonais". En Europe, le miracle économique Irlandais ne semble pas souffrir de ce
prétendu handicap, outre le fait que l'Irlande est à la pointe de la micro-informatique,
il est plus troublant encore d'apprendre qu'ils sont leaders Européens de la construction
de Mobil Home qu'ils exportent a des prix défiant toute concurrence dans le sud de la
France Bien sûr, que l'insularité a des contraintes, notamment de conditionnement
des marchandises, ainsi que de ports et de mise à bord, mais une fois ces opérations
effectuées Le kilomètre de mer est le moins cher qui soit.
Après vingt ans de continuité territoriale (et un siècle
d'ordonnance douanière) nos
Notables Continuent de désigner le mal :
il s'agit du MONOPOLE des transports. Entendez:
le monopole de la SNCM.
Faut-il, jeter des dizaines de marins corses à la mer ? Ou créer
une compagnie maritime corse? Sur le fond, le problème nest pas là. Par contre il
est criminel pour la Corse de continuer dignorer les 1 800 000 clients potentiels en
Sardaigne, lautoroute Munich-Rome, à lEst des Alpes, à moins de deux heures
de N.G.V. de Bastia; ou encore la Catalogne à une nuit de ferry dAjaccio...etc
Serait il interdit de vendre des clémentines et du vin en
Sardaigne, à Vienne où à Barcelone sans passer obligatoirement par Marseille?
En fait la Corse ne souffre que dun seul handicap: LE
MONOPOLE DE DESTINATION !
C'est après 1871 qu'Emmanuel Arène introduisit en Corse, pour le
compte de la République, un jeu qui tenait à la fois de la souleet du
bouskachi.. Bartoli, dit " Maneta " , maire de PALLECA, en
codifia définitivement les règles de façon si satisfaisante que le Larousse trouva cet
ardent partisan des valeurs républicaines digne de figurer dans son palmarès.
La seule différence entre une élection, la soule ou le bouskachi.
était l'enjeu : une urne à la place d'une vessie ou d'une brebis; Cette urne, on
l'emplissait on la déplaçait même au gré des deux équipes, l'essentiel étant qu'elle
fût à sa place à 18 heures. L'équipe qui avait le mieux joué criait
"tumbula" et signait à la hâte un procès-verbal déjà rempli de la veille.
On comprend la nostalgie qui étreint François Piazza-Alessandrini à
l'évocation de ce temps béni où la Corse n'avait pas trouvé son Sir Arnold pour
codifier les règles de ce jeu authentique et viril. A défaut d'établir, l'État de
Droit, n'appelle-t-il pas la population " a se mobiliser pour rétablir l'ordre
ancien" (Corse-Matin du 30.12.98.)
Ainsi l'immobilisme se mettra en marche, les vaches seront bien
gardées et Dieu reconnaîtra les siens.
le Canard et la mystérieuse
affaire de styles
Enfin du nouveau dans les affaires incidentes.
Un certain Jérôme
Canard, journaliste notoire a tacitement avoué qu'en faisant disparaître la copie d'une
photocopie d'un document qui aurait permis la diffusion d'un raisonnement spéculatif sur
lequel se fonderait l'intime conviction d'on ne sait qui a propos d'on ne sait plus quoi,
il avait délibérément agi dans l'intention de mettre en valeur de façon discrète mais
efficace "le délicat travail de dentellière" du contrôleur général Marion.
Depuis qu'Homère a "bouclé" l'Odyssée
en quelque 2 siècles, que les grecs d'Alexandrie ont écrit la Bible des septante, que
Victor a écrit comme Hugo et Ajar comme Romain Gary, on sait que c'est bien le style qui
fait l'Homme.
Mais avant que Jérôme Canard nous l'eût dit, nous
ignorions que le brillant philologue qui hante les couloirs de la DNAT, avait inventé un
style pour habiller l'homme invisible.
Seguin, la Corse et le Saint Chrême
Mr Philippe Seguin, en quête d'onction gaulliennes'en vint récemment en Corse savourer les délices d'un triomphe qui fait
régulièrement verdir les physionomies socialistes locales.
N'en demeurant pas moins un inoxydable défenseur de
l'état du droit des hommes politiques a faire ce qui leur passe par la tête, il a
déclaré à propos des critiques qui leur sont adressées : "Les excès
compromettent la vérité".
Comme cela est bien dit !
Le plus important c'est que la vérité, si elle se
manifeste jamais, ne compromette pas les excès des élus
Attentats: le NIET du P.C.F
Les représentants du parti le plus démocratique
dEurope occidentale ont choisi la Corse-du-Sud pour revenir sur la scène
internationale. Au sujet de lattentat commis dans la lointaine province du Nord, ils
ont parlé de la bonne mine des agressés de tout poil: " dynamiteurs,
racketteurs, jen passe et des meilleurs".
NIET, disent ils, pas dagression, quelques
maladresses.
Encore heureux quon ne nous serve pas la
formule du droit de cuissage, sinon nous avions droit aux hélicos.
Sacrés Camarades!
La révolution du bon côté du manche cest
quand même autre chose!...
Compétition au Parlement Croupion.
Le représentant provisoire de lÉtat en Corse ayant parlé
" dextirper les tensions politiques des rapports sociaux ",
Nicolas de Piana mit un point dhonneur à être le premier à annoner complaisammentle contresens délibérément historique devant lassemblée. Bien sûr on peut
sétonner quun avocat de " gôche " humaniste, nourri au
lait de la Démocratie soit le premier à adhérer à ce propos directement emprunté à
la phraséologie vichyste. Mais on comprend aussi, que dans cette Corse qui rend fou, on
ne sait plus trop sil vaut mieux être le deuxième à Rome, le premier au village
ou le cinquante et unième aux comices agricoles...
VACANCES ÉTERNELLES
Dès la dissolution de lassemblée territoriale nous fûmes
nombreux à envier ces veinards qui partaient en vacances.
Détrompez vous, déclara aussitôt péremptoire notre
Démosthène des banlieues: " il ny aura pas de vacance du
pouvoir " (Corse Matin du 23.12).
Ce qui, traduit en clair, signifie que le shmilblick continue à
avancer, " en accord avec le préfet de région " ajoute t-il le doigt
sur la couture du pantalon. La vacance du pouvoir cest " le temps pendant
lequel une autorité publique ou privée ne séxerce plus "(Larousse),
le vide en quelque sorte
Or, cest bien connu, la nature à horreur du vide.
Mais la Corse représente là encore une remarquable exception,
puisquau non exercice du pouvoir par les représentants de son peuple, succède
périodiquement lexercice du pouvoir réglementaire sous contrôle proconsulaire, un
vide chassant lautre
" Le calendrier, il est
clair ".
Cest ce que déclare à PPDA le 15.01au " 20
heures ", L. Jospin, voulant dire sans doute quil respectait dans les
délais impartis les points de son contrat de gouvernement.
Il est vrai que les jeunes sont 70 000 à trouver un job en 98,
léconomie, elle, est boostée, non pardon, elle connait un nouvel élan, car le
premier ministre est exigeant avec le français, la misère elle est plus supportable au
soleil; les maisons elles ne sont plus de correction, elles ne sont plus closes non plus;
les 250 000 assassins du préfet Erignac ils sont revenus à la normale, et même le PCF
il évolue.
On voit bien linfluence de feu Georges Marchais dans le
paysage politique français, ou à défaut dy avoir fait progresser le marxisme, il
laura doté dune nouvelle syntaxe.
Ces mecs là, ils sont graves!!!
Sous le coup de lémotion.
Quest-ce quune hémiface? Pour la médecine, cest la
conséquence dun flush sanguin qui affecte une partie du système
cérébro-vatrenlaire. Le résultat est spectaculaire; sous le coup dune émotion
une des moitiés du visage du sujet vire au rouge sombre et lautre moitié à la
pâleur livide . Cest le phénomène dont on a du être sans aucun doute victime
Emile Zucarelli, quant , à la question dun journaliste de Corse-Matin qui lui
demandait sil était jacobin ou décentralisateur, il lui répondit sans
lombre dune ironie : vous pouvez dire que je suis un jacobin
-décentralisateur.
Quon se dise et nous le dirons, il existe désormais des jacobins
décentralisateurs, des hémifaces politiques, des baleines blanches, des cygnes noirs,
des nègres blancs et aussi des ânes Corses.
Passage à lEst.
Toujours aussi soucieuse de lordre et de la salubrité la Fédération des
Communistes résidant en Corse du Sud sinquiétait de limportance des gravats
à Ghisonaccia. Un facétieux suggérant quon pourrait demander à la mairie
d**** de résoudre le problème, il lui fut répondu que le bulldozer en question
avait participé à lopération "Mur de Berlin ", quil y avait
rendu lâme, et que son conducteur était passé à lest où il faisait
visiter les goulags à des touristes occidentaux fortunés et réactionnaires. La
fédération en demeura coite.
Encore une autocritique qui se perd...
UN COLPU A U CHJERCHJU,
UN COLPU A A DOLA
Vendredi 15 Janvier: émission territoires, imitation
Lilliputienne des grands débats parisiens hors desquels point de salut. Stupeur, V.
Carlotti parle ouvertement de Peuple Corse! Une pierre dans le jardin de Chevènement ?
Non, ce faux lapsus ne révèle rien, sinon une dichotomie dans le discours qui en ces
temps troublés semble mener tout droit les HPC (Hommes Politiques Corses ndlr.) à la
schizophrénie. Nest pas descendant de Vercingétorix qui veut!
Lettre au parlement européen et a tous ceux qui peuvent se sentir concernés
de Marcel Lorenzoni
Pour la première fois depuis une dizaine dannées, un tribunal
français de Paris vient de prononcer de lourdes peines contre des militants nationalistes
corses, pour des faits commis en Corse.
Les attentats reprennent de plus belle. Tout ceci intervient au
lendemain délections territoriales marquées par un fort taux dabstention,
une forte progression des partis nationalistes, et après une vingtaine dannées de
troubles graves.
Le Président et lExécutif territorial sont élus avec 20 voix
sur 51, ce qui rend lAssemblée ingouvernable.
La situation est de nouveau bloquée, du fait de linadéquation
des institutions imposées à la Corse par la constitution française.
Léchec des mesures du cadre communautaire dappui, et
autres, appliquées depuis longtemps en est la preuve flagrante. La Corse veut réaffirmer
son identité dans lensemble géopolitique auquel elle appartient. Ce souci est
légitime. Cette identité ne peut exister valablement sans développement économique
adapté. Ce développement, malgré la volonté de lunion européenne, ne peut
exister, du fait de lengrènement de plusieurs facteurs dont la France est pour
lessentiel responsable.
A.Limpécuniosité des acteurs économiques :
Sajoutant aux effets économiques et psychologiques de la
désertification elle rend la moindre initiative entièrement dépendante des pouvoirs
politiques et administratifs.
B.Labsence de moyens réels de formation :
Le clientélisme, base essentielle du système politique local, a placé
nombre dincompétents à la source des financements publics, et à la tête des
moyens locaux de formation, produisant un énorme gaspillage de moyen de la collectivité
sans résultats sur le développement et lemploi.
Un système de bourse et lenvoi délèves dans les meilleurs
centres européens ou mondiaux serait certainement plus productif et moins coûteux.
C.Le comportement de la classe politique :
La constitution française permettant le cumul total des mandats, dans
lespace et dans le temps sur plusieurs générations, a permis linstallation
en Corse dune quasi féodalité exerçant son pouvoir en aval de lannexion de
lîle par la France, et des effets pervers de la continuité territoriale au service
de tous les monopoles, privés ou publics, rendant la Corse totalement dépendante
dagents extérieurs.
Linitiative économique est traitée par cette classe politique en
ennemie. Rendue rare par la faiblesse démographique de lîle et sa totale
dépendance, elle est condamnée à lechec par la multiplication des obstacles à
lobtention des fonds publics indispensables.
D.Le rôle de ladministration :
Ladministration gère sa part de fonds publics. Sa contribution
intervient en complément des moyens de la collectivité territoriale. Dans le contexte
local, elle a pris depuis toujours le profil dune administration coloniale,
soucieuse de sa tranquillité, donc paralysée par les groupes de pression politiques
dominants, internes et externes à lîle. Elle est le deuxième obstacle
déterminant, après la classe politique, à la mise à disposition des fonds au bénefice
des initiatives de développement.
E.La banque :
Si daventure, un projet franchi par sa qualité les obstacles de
lAssemblée de Corse et de ladministration française, il est quand même
condamné par limpossibilité dobtenir les crédits bancaires nécessaires au
financement des investissements et du fonctionnement, les aides publiques ne couvrant
lensemble des besoins. Seules les banques française nationalisées sont présentes
dans lîle. Elles ne jouent aucun rôle significatif dans le financement du
développement. La caisse de développement de la Corse (CADEC), dont on a voulu faire un
scandale expiatoire na en réalité jamais disposé de la quantité de capitaux
réellement nécessaire au développement de lîle, et na jamais pu prêter
aux taux ordinaires que le développement de première génération peut supporter.
Lensemble de cette situation, quil est impossible de
décrire entièrement ici, rend impossible un fonctionnement normal de la démocratie.
Le gouvernement français pose en préalable au développement le
rétablissement de létat de droit. En réalité il masque ainsi son incapacité
rédhibitoire à résoudre ce problème.
Le seul état de droit que lon puisse concevoir est celui des
droits de la Nation Corse, anéantie par les intérêts français du XVIIIème siècle,
autant par les armes de Louis XV que par celles du général Bonaparte. Ces droits ont
été ignorés par le Congrès de Vienne de 1815. L'Union Européenne doit réparer cet
oubli. Cela doit être possible en cette période favorable aux repentances diverses.
Ainsi et dès maintenant, au cours dune période transitoire de 10 ans, il doit
être possible sous le contrôle dune Commission Communautaire Ad Hoc :
1° : Dexpédier les affaires courantes dans
lesprit de lUnion Européenne et dassurer le maintien de
lordre (réaffirmation de lobjectif n°1).
2° : De refondre le corps électoral corse sur ses bases
nationales en incluant les corses de la diaspora.
3° : De mettre en place les institutions politiques et
administratives de lîle sur les bases démocratiques définies par ses
constitutions dans le passé, et les besoins du présent.
4° : Après référendum, dintégrer la Corse au
Conseil de lEurope.
5° : Au terme de la période transitoire de 10 ans,
dorganiser un référendum sur lintégration éventuelle de la Corse à
lUnion Européenne.
Voilà ce qui devrait permettre une issue au problème corse conforme
aux conclusions de la Ligue Internationale des Droits de lHomme, dans le sens de la
reconnaissance des droits légitimes du peuple corse, à lheure où la
Méditerranée nest plus un théâtre daffrontement pour les puissances
européennes.